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samedi 2 juin 2018

Tous reliés…


 
Cet article m’a été inspiré par ce qui traine sous nos pieds dans cette conférence et par les témoignages reçus. Donc, au début (et comme le montre la photo) ce qui m’a inspiré c’est le câblage qui parcourt la salle des conférences, essentiel dans une rencontre où ordinateurs et tablettes remplacent cahiers et stylos. Quel rapport avec le sujet de la conférence ? Laissez aller votre lecture jusqu’à la fin et vous verrez.

(c) Albin Hillert/CEC

Dieu merci, dans nos Églises, nous avons beaucoup de frères et sœurs qui traduisent en action concrète l’appel de l’évangile. Il en est ainsi par exemple dans nos multiples actions d’accueil des réfugiés et migrants. Souvent, il nous arrive de sentir que nous ne faisons pas grande chose, que la situation nous dépasse. Dans cette assemblée, les différents témoignages nous ont permis (à nous français) de ne pas nous sentir seuls. Au contraire, nous apprenons avec une certaine joie que nous sommes tous reliés en Christ et dans l’action. Écouter successivement un patriarche orthodoxe syrien, un pasteur grec, une autre italienne nous a fait mieux comprendre comment nous sommes un maillon dans cette belle chaine solidaire et fraternelle.  Nous pouvons mieux voir que, lorsque certains migrants et réfugiés arrivent chez nous dans le sud de la France, par exemple, ils ont bénéficié du témoignage de toute une chaine des témoins. Les avoir en face à face et partager avec eux donne un visage encore plus humain à ce que nous faisons en témoignant de notre foi en Jésus Christ. Dans ces échanges nous entendons encore une fois la voix du Maître nous disant « car j’étais étranger et vous m’avez accueilli ». Mais aussi devient réelle, devant nos yeux incrédules, cette parole qui nous dit : « Vous êtes le corps du Christ, et chacun de vous est une partie de ce corps » 1Cor12:27 Nous ne sommes pas seuls, non seulement parce que l’Esprit guide et accompagne, mais aussi parce qu’Il place devant nous des chaines des témoins qui nous disent comment Dieu est et aime ce monde. Et, bonne nouvelle, nous en faisons partie. C’est comme ça que nous sommes témoins ensemble. Tel est le sujet de notre rencontre : Vous serez mes témoins. Qu’ainsi soit-il !!!
Certains chez nous utilisent l’image de la cordée. Je crains que l’efficacité réelle de l’image utilisée n’existe que dans la tête de celui qui l’utilise. Cette chaine est non seulement réelle, mais vécue en chair et os, dans un chemin de solidarité. Et curieusement cette chaine…libère.


(c) Albin Hillert/CEC
Article rédigé par Roberto Beltrami

vendredi 1 juin 2018

« Vous serez mes témoins » … dans l’hospitalité

V. Duval-Poujol et C. Oberkampf (c) Albin Hillert/CEC
Le culte ce matin nous amène à méditer le texte de Genèse 18 : Abraham accueille trois étrangers. Prier et chanter ensemble, se placer sous le regard de Dieu pour rappeler qu’avant tout c’est Dieu qui nous a accueillis et nous fait à chacun une place. C’est par une forte interpellation que le président de la Fédération protestante d'Italie, Luca Negro, nous entraîne avec une étude biblique sur ce même passage de Genèse 18 élargi au chapitre 19 : l’hospitalité d’Abraham et l’exemple contraire, l’inhospitalité des habitants de Sodome. L’un conduit à la bénédiction, l’autre à la destruction.

Ce thème de l’hospitalité concerne notre foi elle-même parce que l’accueil de l’étranger est lié à l’accueil de Dieu, l’hospitalité est la prise de conscience et le témoignage de la crainte de Dieu. Dieu veut que nous vivions sa présence comme une surprise. Qui sont ces trois hommes qui visitent Abraham ? La réponse vient dans l’engagement d’Abraham et non dans son savoir sur Dieu.

De quel côté sommes-nous ? Comment relisons-nous nos histoires ? Quel impact sur nos mémoires ? Le témoignage de représentants orthodoxes serbes interroge dans la relecture de leur histoire : des blessures restent, alors comment nous entraider pour aller vers la paix et la réconciliation ? La Conférence des Églises européennes doit aussi avoir cette vocation si nous voulons avancer ensemble et porter plus loin  notre témoignage commun.
Mgr Ignatius Aphrem II (c) Albin Hillert/CEC

La question de l’hospitalité est en effet cruciale dans une Europe en mal de valeurs et qui semble avoir oublié ses racines chrétiennes. Il est important de faire connaître les témoignages d’expériences concrètes, pour susciter toujours plus l’engagement des Églises sur le chemin de l’accueil et de l’hospitalité, comme celui du président du synode de l’Église évangélique de Grèce, le pasteur Meletis Meletiadis : « qu’est-ce qui nous a poussé un aller aussi loin dans notre engagement d’accueillir les réfugiés dans nos Églises, dans nos maisons ? C’est notre foi en Jésus-Christ qui nous appelle à nous engager sans crainte ; c’est pourquoi, malgré la crise économique que nous vivons, nous accueillons les réfugiés et nous recevons beaucoup ». Ou encore le témoignage du Patriarche Monseigneur Ignatius Aphrem II, de l’Eglise orthodoxe syriaque, reconnaissant à l’égard des Églises d’Europe pour leur accueil des réfugiés mais inquiet de la montée des nationalismes et des extrémismes ethniques et religieux. L’exode massif des chrétiens fragilise les Églises et la diversité religieuse dans le Moyen Orient. Face à cette situation de crise, le prosélytisme de certaines Églises évangéliques indépendantes rajoute à la souffrance et en exploitant cette situation, sans véritable solidarité et ni hospitalité réelle.

Anne-Laure Danet

Une seule lecture possible

Pour ceux et celles qui douteraient encore de l’attitude et l’action à mener vis-à-vis des réfugiés, un excellent éclairage du pasteur italien Luca Negro à partir du texte de Genèse 18.01-18. À travers cette parole, un manuel pratique de l’accueil qu’un chrétien doit offrir nous est révélé.

« L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle peut prendre sa part de cette misère .» Généralement on reste avec la première moitié de la phrase de M. Rocard. On a bien su exploiter cette misère du monde en notre faveur, le moment venu. Et malheureusement aujourd’hui des opportunistes politiques et religieux en font autant, en soufflant sur les braises des peurs irrationnelles des uns et des autres vis-à-vis de l’étranger.

Personnellement, j’ai apprécié la radicalité du propos. Il n’y a pas quinze lectures des textes concernant l’accueil. Et nous sommes donc placés dans cette réalité qui n’admet qu’une réponse, comme devant Jésus. Celui même qui nous parle en Mt 25 : « …car j’étais étranger et vous m’avez accueilli… » . Cela vient de nous être rappelé dans l’intervention du Patriarche Mor Ignatius Aphrem II, de l’Église Orthodoxe Syriaque.

Au milieu de la description de la situation, le Patriarche a dénoncé l’action de groupes majoritairement pentecôtistes (je le cite) lesquels, tout en venant en aide aux populations dans le besoin, font du prosélytisme éloignant les croyants de leur traditions ecclésiales.

L’intervention suivante du Rev. Meletis Meletiatiadis, Président du Synode de l’Église Évangélique Grecque nous rappelle que lorsque nous venons en aide, nous le faisons au nom du Christ et non pas au nom de nos dénominations ecclésiales.

Dans ce sens l’exemple du couloir humanitaire, l’action de Saint’Egidio et la FPF, ainsi que des églises protestantes et catholiques tant du côté italien comme français a été mis en exemple. 

Article rédigé par Roberto Beltrami

mardi 22 mai 2018

Bientôt à Novi Sad

Pour l'assemblée de la KEK
Du 31 mai au 6 juin se tiendra l'assemble générale de la Conférence des Églises européennes (KEK), à Novi Sad, en Serbie. Une dizaine de français y assisteront, comme délégués de leur Église (Union des Églises protestantes d'Alsace-Lorraine, Église protestante unie de France, Fédération des Églises baptistes de France ou Église protestante malgache en France), conseillère de délégation ou chargé de la communication.

Un peu d'histoire
La Conférence des Églises européennes a été créée en 1959 pour être un pont entre les Églises d'Europe de l'Est et d'Europe de l'Ouest, séparées par le Rideau de Fer. Elle a même tenu plusieurs assemblées sur un bateau, dans les eaux internationales, pour permettre aux délégués des deux mondes de s'y retrouver. Après la chute du mur, elle a continué à travailler dans deux domaines : le dialogue entre Églises et la construction européenne. En 1999, la KEK a "absorbé" la "Commission Église et société" (European Commission on Church and Society, EEECS) qui était chargée par les Églises de l'Ouest de dialoguer avec les institutions européennes. Depuis 2009, la KEK s'est également rapprochée de la Commission des Églises auprès des migrants en Europe, avec laquelle elle travaille en étroite collaboration.
Elle est aujourd'hui composée de 115 Églises de différentes confessions chrétiennes : orthodoxe, anglicane, luthérienne, réformée, unie, évangélique, vaudoise, hussite, catholique chrétienne (appelée aussi "vieille-catholique"). Son secrétaire général actuel est le Père Heikki Huttunen, de l’Église orthodoxe de Finlande.

De 2013 à 2018
Assemblée de 2013 à Budapest
La dernière assemblée, en 2013 à Budapest, avait été très administrative, accouchant avec peine d'une nouvelle constitution et de la décision de déménager les bureaux principaux de Genève à Bruxelles (où des bureaux existaient déjà dans le cadre du dialogue de la KEK avec les institutions de l'Union européenne). Comme tous les déménagements institutionnels, celui-ci a entrainé turn-over du personnel et besoin de temps pour s'adapter à la nouvelle organisation. Aussi la dimension de travail avec des institutions européennes, qui imposent leur agenda, a-t-elle pris le dessus sur la dimension de communauté d'Églises, qui doit être animée de l'intérieur. La vacance du poste de responsable du dialogue théologique jusqu'en octobre 2016 n'a pas aidé les Églises à se saisir de cette "plateforme de collaboration entre Eglises" qu'est la KEK selon la nouvelle constitution. Ainsi, il me semble que la Conférence des Églises européennes s'est concentrée les cinq dernières années sur les trois thèmes majeurs qui sont des thèmes majeurs pour l'Europe : 
- Europe sociale (inégalités, chômage des jeunes, travail du dimanche, bioéthique, etc.)
- migrations 
- mondialisation et besoin de gouvernance mondiale

Malheureusement, elle a un peu délaissé l'aspect "communauté d’Églises", ne consacrant pas assez d'énergie à informer ses membres, à leur présenter les grands enjeux du moment, à les appeler à participer. A mon avis, il y a en particulier un gros enjeu dans le dialogue entre certaines Églises de l'Est qui blâment les Églises de l'Ouest, les accusant par exemple d'avoir abandonné leurs fondamentaux en laissant l'esprit rationnel et l'individualisme tout envahir depuis le siècle des Lumières, et ces dernières qui ne comprennent pas l'attitude conservatrice des premières (leur volonté de maintenir des États "chrétiens", leur affirmation d'identités collectives qui s'opposeraient à des droits individuels, etc.). Il y aurait un gros travail théologique, culturel et politique à faire pour ne pas se contenter de la caricature d'une opposition radicale "orthodoxes de l'Est" contre "protestants de l'Ouest"... Dépasser cette caricature pourrait nous aider également à réfléchir ensemble au témoignage des Églises dans les pays sécularisés.

Père Heikki Huttunen, actuel secrétaire général de la KEK
Comment nous saisir de cette "plateforme" ?
Si l'on veut faire un rapide bilan des 5 dernières années et de la nouvelle constitution, je dirais que la KEK fait bien ce qu'elle sait bien faire : le dialogue avec les institutions européennes (de l'Union européenne d'un côté, du Conseil de l'Europe de l'autre). Mais son nouveau statut de "plateforme de collaboration entre Églises" fait qu'il est difficile pour les Églises minoritaires comme la nôtre de s'y investir ; lorsque nous voulons travailler un sujet avec des Églises-sœurs, nous le faisons plus facilement à une échelle plus réduite, comme celle de la CEPPLE (la communauté des Églises protestantes des pays latins d'Europe), avec des Églises qui partagent les mêmes préoccupations que nous.

Nous nous sentons trop peu nombreux pour prétendre sérieusement faire pencher la balance dans la construction européenne, aussi déléguons-nous (peut-être à tort) cela à la KEK, qui fonctionne alors comme un réseau d'experts, et/ou aux "grosses" Églises majoritaires qui ont moyens financiers et humains pour s'y investir et dont le poids dans la société leur donne légitimité pour le faire... et qui du coup utilisent cette plateforme pour coordonner leurs actions et parler - lorsqu'elles y arrivent - d'une voix commune sur certains sujets. Il est clair que lorsque la diversité des Églises qui composent la KEK arrive à parler d'une voix commune, cela rend son témoignage plus fort et plus audible, même si cela prend plus de temps !

Mes attentes
Je connais bien la KEK, j'ai été membre de ce qui s'appelait alors le "comité central" de 2009 à 2013. J'attends de cette assemblée qu'elle me donne l'occasion de retrouver des connaissances et des amis. Car comme toute institution, la KEK est d'abord un réseau de personnes... 
J'attends ensuite de cette assemblée qu'elle me permette de prier dans de multiples langues, selon de multiples traditions, avec de merveilleux chants qui me resteront longtemps dans la tête (tiens, ça me donne envie de ressortir le carnet de chants de 2013...)
J'attends enfin de cette assemblée qu'elle me redonne envie d'envoyer des personnes s'investir à la KEK, et pas seulement lui déléguer notre parole d’Église dans la construction européenne. J'attends de cette assemblée qu'elle m'aide enfin à voir quelle pourrait être la place de notre Église dans cette communauté...

Pasteure Claire Sixt-Gateuille, 
responsable des relations internationales de l’Église protestante uniede France,
conseillère de délégation à l'Assemblée de la KEK