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vendredi 15 juillet 2022

Mais que fait le Conseil œcuménique des Eglises ?

(c) Marcelo Schneider/COE
On pourrait faire un inventaire à la Prévert de tous les sujets dont se saisit le COE, de la formation théologique aux droits de l’enfant, de la diaconie aux « jeudi en noir », contre les violences sexuelles. Mais si l’on se concentre sur les grandes lignes qui nous intéressent particulièrement, ça donne :

-    Du dialogue théologique multilatéral : En 2012, la Commission Foi et Constitution adoptait le texte de convergence « l’Église, vers une vision commune », fruit de 30 ans de dialogue autour de l’ecclésiologie (ce qu’est l’Église). Aujourd’hui, une cinquantaine d’Églises ont répondu à ce texte, et la commission a analysé et publié ces réponses et dégagé des pistes d’approfondissement pour la suite. Il est également apparu qu’un dialogue sur le discernement moral par les Églises était nécessaire, et que celui-ci nécessitait une autre méthodologie que celle utilisée pour le dialogue théologique classique. Quatre textes ont aujourd’hui paru sur la question, posant les bases, analysant les processus par confession et selon les périodes et les contextes, et proposant une méthodologie originale.  
-    Une réflexion sur la mission aujourd’hui : Après le texte « Ensemble vers la vie » de 2012, une conférence missionnaire s’est réunie en 2018 à Arusha, au Kenya, et a produit un « appel à vivre en disciples ». Elle a depuis produit un texte sur la spiritualité transformatrice, un des axes majeurs du texte « Ensemble vers la vie » (les deux autres étant : Dieu est lui-même en mission pour affirmer et favoriser la vie et la « mission depuis les Marges »).
-    De l’échange d’informations et du plaidoyer concernant des situations humanitaires ou politiques critiques, ainsi que des actions de mobilisation en faveur de la paix, de la justice et pour éradiquer la pauvreté : c’est le rôle de la Commission des Églises sur les affaires internationales (CCIA).
-    Une réflexion sur la diaconie pour mieux articuler les engagements des différentes agences humanitaires ou diaconales chrétiennes dans le monde.
-    Un travail économique, politique et éthique sur les injustices au niveau mondial, et le développement – avec d’autres acteurs – d’un modèle alternatif qui permette des échanges mondiaux de façon raisonnable et limite les logiques de prédation à l’œuvre dans la globalisation néo-libérale (le programme NIFEA).
-    De la formation œcuménique sous différentes formes
-    Des actions de développement des Droits humains (campagnes pour comprendre et dépasser le racisme, formations dans les Églises aux droits des enfants, lutte contre les violences sexuelles et les violences liées au genre, prévention des abus sexuels dans les Églises, mission d’observation en Israël-Palestine, etc.)
Bref, l’assemblée de Karlsruhe ne manquera pas de sujets à aborder. Mais aura-t-on assez de temps pour faire autre chose que les effleurer ?

Claire Sixt-Gateuille

vendredi 1 juillet 2022

Jerry Pillay, nouveau secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises

Jerry Pilay (c) COE

Le pasteur Jerry Pillay est âgé de 57 ans. Il est marié. De nationalité sud-africaine, il est ministre de la Unity Presbyterian Church in South Africa. Il a exercé son ministère en paroisses et dans l’enseignement. Il a soutenu une thèse de doctorat sur la théologie du développement. Il est actuellement doyen de la Faculté de théologie et de religions de l’Université de Pretoria. L’engagement œcuménique international est l’un des fils rouges de son parcours, au sein d’organismes nationaux, continentaux et mondiaux ; il a en particulier été président de la Communion mondiale d’Églises réformées (CMER/WCRC) de 2010 à 2017.

En l’élisant, à une relativement courte majorité, le comité central a sans doute voulu faire le choix de la stabilité, dans une période troublée et délicate, nécessitant une bonne connaissance des rouages institutionnels œcuméniques. Une autre personne était candidate : Elizabeth Joy, laïque britannique d’origine indienne, d’ascendance luthérienne mais mariée à un prêtre orthodoxe. Cette théologienne de 61 ans a soutenu récemment une thèse sur le corps et l’identité, enracinée dans la Dalit theology, la « théologie de la libération » des basses-castes de la société indienne.

Jerry Pillay sera le neuvième secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises. Il succèdera le 1er janvier prochain à Olav Fykse Tveit, si l’on excepte le mandat intérimaire du P. Ioan Sauca (de 2020 à 2022).

Le secrétaire général occupe le rang le plus élevé dans le personnel exécutif et assume en dernier ressort la responsabilité des activités du COE et de son personnel. Le Conseil œcuménique des Églises (COE) réunit 352 Églises dans plus d’une centaine de pays réunissant quelques 600 millions de chrétiens.

Laurent Schlumberger

lundi 27 juin 2022

Dernier comité central avant l'assemblée

 

Le Comité central sortant (c) Peter Williams/COE

La réunion du comité central, du 15 au 18 juin 2022 à Genève, était la 69ème de l’histoire du Conseil œcuménique des Eglises et la dernière avant la 11ème assemblée qui se tiendra à Karlsruhe du 31 août au 8 septembre prochains.

Elle a mis fin à une longue période de quatre années sans réunion « en personne », en raison de l’épidémie de Covid. Comme pour tant d’autres organisations, avec un impact aggravé en raison de sa dimension mondiale, ce contexte a constitué une véritable épreuve pour le Conseil œcuménique, mais une épreuve surmontée qui a renforcé sa résilience.

Lors de cette session, le comité central a principalement mis la dernière main à la préparation de l’assemblée de Karlsruhe, révisé des textes constitutionnels et règlementaires, élaboré et publié des déclarations publiques sur le conflit en Ukraine, l’urgence climatique, la situation en Ethiopie, la liberté religieuse en Israël et Palestine, l’exploitation, les abus et le harcèlement sexuels. Ces déclarations sont accessibles sur le site du COE.

Après deux années de vacance du poste, qui ont constitué une difficulté redoutable en pleine pandémie, il a enfin élu un nouveau secrétaire général, en la personne du pasteur Jerry Pillay.


Laurent Schlumberger,
membre du comité central du COE de 2013 à 2022

vendredi 24 juin 2022

Le consensus c’est dur, pas mou !

(c) Marcelo Schneider/WCC

« Le Conseil œcuménique des Églises est une communauté fraternelle d’Églises qui (…) s'efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation (…) », énonce la « base » du COE dans sa formulation de 1961 toujours en vigueur. Le mot important ici est : ensemble. Aucune des Églises n’a en effet besoin d’être membre du Conseil œcuménique pour répondre à sa vocation, dans son contexte et avec ses ressources propres. En revanche, si 352 Églises, à ce jour, ont choisi de rejoindre ce Conseil, c’est parce qu’elles ont décidé « d’être et de demeurer ensemble » comme le disaient les fondateurs de 1948.

Ce qui pourrait n’être qu’un élan plein de bons sentiments devient ainsi un redoutable défi lorsqu’il s’agit de le vivre concrètement et de ne le lâcher sous aucun prétexte. Car comment demeurer ensemble, lorsque presque tout semble vous séparer ? Les différences, voire les fractures, entre Eglises existent bien en amont des classiques grands débats théologiques et ecclésiologiques. Elles relèvent, pour ne donner que quelques exemples, des simples conditions de survie : le Tuvalu lentement submergé par l’océan va devoir importer son eau potable et le représentant de l’Eglise chrétienne (réformée) du Tuvalu se scandalise de l’inertie occidentale. De l’anthropologie : l’évolution des notions de genre dans certaines cultures est proprement incompréhensible dans d’autres. De l’autorité : ici un délégué ne saurait prendre la parole sans l’aval de sa hiérarchie, là un délégué ne saurait se soumettre à un mandat impératif. De la référence aux Ecritures : pour les uns, le pluralisme moral est une attaque directe contre la Bible car « tout est déjà dans les Écritures », quand, pour les autres, les Écritures ne sauraient être respectées sans démarche herméneutique critique. Et tout ce petit monde est composé d’aussi « bons » (ou « mauvais », au choix) chrétiens que vous et moi, de gens cultivés et engagés, de professeurs d’universités et de personnes aux responsabilités multiples, tous sûrs de leur fait et de bonne foi !

L’ethos du consensus

Pour permettre à ses Églises membres de demeurer ensemble, le Conseil œcuménique a progressivement mis au point une méthode de travail et de prise par décision dite « par consensus ». Plus profondément qu’un ensemble de simples dispositions procédurales, il s’agit d’un véritable ethos, d’un état d’esprit qui marque l’ensemble de la vie du COE.

Ce choix fondamental se concrétise notamment dans la manière de mener et de conclure les débats, quel que soit le type de réunion. Au fil des échanges, les personnes présentes réagissent aux propos des intervenants en montrant spontanément un carton orange (je suis « chaud » avec ce que dit l’intervenant, je partage son point de vue ou je l’encourage) ou un carton bleu (je suis « froid » avec ce que dit l’intervenant, je ne partage pas son point de vue ou j’ai des questions). La personne qui modère l’assemblée peut ainsi percevoir à tout instant la « température » de l’assemblée et sentir dans quel sens elle évolue. Au fil des échanges, une couleur devient dominante.

Lorsqu’il faut cristalliser une décision, qu’il s’agisse d’un amendement de détail ou d’un texte de fond, l’assemblée s’exprime sur le même mode. Tant que des cartons bleus demeurent, et même s’il n’en reste qu’un seul, le débat peut se poursuivre. Lorsqu’il semble que l’on a atteint un point au-delà duquel on n’avancera plus, la personne modératrice propose à la minorité que son point de vue soit enregistré et lui demande si elle accepte que l’on s’en tienne au consensus dégagé, afin que l’on puisse avancer au point suivant.

Une « soumission mutuelle » radicale

Bien des objections peuvent être formulées contre cette méthode. Et pourtant, ça marche ! Car au-delà de la réunion en cours, par imprégnation au long cours, elle modèle la manière même d’habiter les débats. Elle atténue le côté joute oratoire du débat, au profit de la recherche d’une évolution commune. Elle conduit les parties prenantes à exprimer de la manière la plus claire leurs meilleurs arguments. Elle est fondatrice de confiance, en garantissant le respect absolu de la singularité de chacun. Elle encourage par là même la prise de parole, l’écoute, la capacité à évoluer dans son point de vue sans craindre de perdre la face. Etc.

A l’opposé de toute mollesse et de toute facilité, elle est d’une exigence extrême. Elle développe la paix, la patience, la fidélité, la tempérance – et peut-être ce début de liste vous rappelle-t-il quelque chose. Ou bien encore, pour employer le vocabulaire de l’Église protestante unie de France, elle est une manière de réfléchir collectivement et de prendre des décisions « dans la soumission mutuelle », mais de façon radicale.

Un consensus à propos de l’Ukraine ?

Le comité central qui vient d’achever, à Genève, sa dernière réunion avant l’assemblée de Karlsruhe a une fois de plus éprouvé la difficulté mais aussi la fécondité de l’exercice. En cause : l’attitude du Patriarcat de Moscou à propos de la guerre d’invasion menée en Ukraine par la Russie. Dans la salle, des délégués porteurs de messages de leurs instances synodales demandant que soit envisagée une suspension du COE de l’Eglise orthodoxe russe, mais aussi des orthodoxes du Patriarcat œcuménique bouleversés par les déchirures induites par le conflit au sein de l’orthodoxie, et bien sûr la délégation russe : à l’ouverture des débats, l’ambiance était électrique.

Pourtant, la recherche de consensus a, difficilement mais patiemment, frayé une voix entre préjugés, analyses opposées, suspicions croisées, relectures historiques, etc. La déclaration finale dénonce « la guerre illégale et injustifiable » contre l’Ukraine, appelle les Églises russe et ukrainiennes à intervenir ensemble pour la paix y compris auprès de leurs propres gouvernements, encourage la mise en place d’un travail théologico-politique interne au COE, invite à l’assemblée de Karlsruhe l’Église ukrainienne qui est en train de se détacher du Patriarcat de Moscou, etc. Elle annonce l’envoi d’une délégation au plus haut niveau du COE à Kiev et à Moscou et renforce la présence humanitaire du COE sur le terrain – effective depuis le premier jour du conflit.

Aucune porte n’a claqué. Personne n’a été outragé. Tout le monde a évolué, du fait même de la rencontre, du dialogue et de l’importance accordée à la recherche du consensus. Une parole commune a été dite. Bien sûr, dira-t-on, ce ne sont que des mots, qui ne font pas taire les canons. Mais qui a mieux à proposer ? Dans quelle autre enceinte une vigoureuse parole de réconciliation est-elle actuellement portée ? Et les Églises disposent-elles d’autres armes que celles de l’esprit ?


Laurent Schlumberger

lundi 18 juin 2018

COE : une session en 3D

 Le patriarche Bartholomée à Genève (c) Laurent Schlumberger
Le culte solennel du 70ème anniversaire du Conseil oecuménique des Églises (COE) a offert ce que l’œcuménisme au carré a de meilleur. Célébré dans la cathédrale (réformée) Saint-Pierre de Genève, ce dimanche 17 juin, il a tissé le psautier huguenot avec les tambours océaniens, les chœurs orthodoxes avec les lectures bibliques en arabe et en mandarin, les chœurs africains avec la prédication donnée par le patriarche Bartholomée de Constantinople.

Le plus souvent, « œcuménisme » signifie pour nous « interconfessionnel », voire, dans les faits, simple dialogue entre catholiques et protestants. C’est une vision très étroite. Car l’oikoumènè, c’est l’ensemble de la terre habitée. Et le coefficient international, à ampleur mondiale en ce qui concerne le COE, vient donc démultiplier, porter au carré, la dimension interconfessionnelle.

Ce culte, tout à la fois sobre (on est dans la cité de Calvin tout de même !) et très riche, a trouvé tout naturellement sa place au milieu de la réunion du Comité central, qui siège cette semaine à Genève. Cette session se trouve elle-même à mi-parcours de l’assemblée œcuménique de Busan et de la prochaine assemblée, qui se tiendra en 2021 ; le lieu de cette onzième assemblée sera décidé mercredi prochain.

Quittant parfois son texte, le patriarche a donné la prédication en français, non sans quelques pointes d’humour (« Le pasteur m’a proposé de prêcher depuis la chaire, mais pour un vieil homme comme moi, il est préférable de rester sur terre ! »). Partant d’Éphésiens 3, il a souligné l’impressionnant chemin parcouru par les Églises ensemble, depuis le milieu du XXème siècle, grâce au Conseil œcuménique. Le service de la réconciliation, de la paix, de la justice et de la solidarité a fait de grands pas, malgré les difficultés doctrinales et les crises sociales et géopolitiques qui n’ont pas manqué. Ce chemin doit se poursuivre : « en mots et en actes, de manières visible et invisible, le Conseil œcuménique des Églises doit, à travers son témoignage, proclamer Christ et Christ seul ». Et « nous savons que le mouvement qui vise à restaurer l’unité des chrétiens prend de nouvelles formes pour répondre aux nouvelles situations et pour faire avec les défis du monde d’aujourd’hui ». L’essentiel est donc devant nous. « Ne nous berçons pas d’illusions », faisons confiance au saint Esprit et portons le témoignage chrétien au cœur d’un monde qui est si fracturé, car « l’Église n’existe pas pour elle-même ».

Des représentants des organisations mondiales évangélique et pentecôtiste sont invités à cette session du Comité central du Conseil œcuménique des Églises. Et après la visite aujourd’hui du patriarche Bartholomée, primat orthodoxe, le Comité central accueillera jeudi le pape François. Plus qu’au carré, c’est un œcuménisme en 3D. 

Laurent Schlumberger,
pasteur de l’EPUdF,
membre du comité central du COE 

mardi 23 janvier 2018

Du nouveau !

Après quelques mois de silence, ce blog va reprendre vie en 2018. Il servira de lieu de partage pour les délégués protestants français aux différentes conférences et assemblées prévues en 2018 : 

- la conférence missionnaire organisée par la commission Mission et Évangélisation du Conseil œcuménique des Églises du 8 au 13 mars à Arusha (Tanzanie)

- l'assemblée générale de la Conférence des Églises européennes à Novi Sad (Serbie) du 31 mai au 6 juin

- l'assemblée générale de la Communion d’Églises protestantes en Europe à Bâle (Suisse) du 13 au 18 septembre

et peut-être aussi l'assemblée générale de la Conférence des Églises protestantes des pays latins d'Europe à Lisbonne (Portugal) du 2 au 5 octobre...

Alors à bientôt !

Claire Sixt Gateuille

jeudi 6 juillet 2017

Les jeudis en noir

Depuis une trentaine d'années, le Conseil œcuménique des Églises a lancé une initiative contre le viol et les violences sexuelles appelé "Jeudis en noir" (en anglais : "Thursdays in Black"). Même si cette initiative n'est quasiment pas connue dans notre Église, elle est très pratiquée dans certaines Églises, aux USA ou en Afrique du Sud par exemple, ou dans les réunions internationales, comme l'assemblée de la Fédération luthérienne mondiale ou celle de la Communion mondiale des Églises réformées (qui se réunit encore jusqu'à demain), dont les participants sont invités à s'habiller aujourd'hui en noir.

L'idée est que toutes les personnes qui veulent dénoncer les violences sexuelles et les viols et qui rêvent d'un monde où plus personne n'en serait victime s'habillent en noir tous les jeudis.

L'axe principal de cette campagne est la dénonciation du viol comme arme de guerre, mais l'idée plus générale est de promouvoir des communautés (et des sociétés) où les femmes pourraient évoluer sans avoir la peur au ventre devant le risque de viol, mais aussi de discriminations, d'agressions verbales ou physiques, voire de meurtre (les "fémicides" malheureusement trop répandus en Amérique centrale et du Sud). 

Claire Sixt Gateuille