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jeudi 8 septembre 2022

Assemblée du COE : In et Off

Animation au Swiss Hub (c) Serge Fornerod/EERS

L'Assemblée du Conseil œcuménique des Églises, c'est d'abord une assemblée générale : il faut y discuter de la politique générale de l'institution : Des délégués qui votent (par consensus ou à la majorité simple ou des deux tiers suivant les décision), des textes à élaborer et à adopter, des plénières décisionnelles, des orientations financières, de programmatiques, générales, un conseil d'administration à élire (le "comité central" de 150 personnes qui se réunit désormais tous les deux ans, et surtout son "comité exécutif" de 25 membres, qui se réunit plus souvent), etc. S'il n'y avait que ça, il n'y aurait pas plus de mille personnes aux assemblées, délégués, conseillers de délégation, observateurs, jeunes volontaires et personnel du COE compris.

Mais l'assemblée du COE, c'est aussi une occasion de "toucher du doigt l'universel", d'expérimenter la diversité de l'Eglise une. Aussi y a-t-il de nombreux participants et visiteurs, qui n'ont pas de rôle à jouée dans l'assemblée mais sont là pour les temps de célébration et les plénières thématiques du matin, et qui ont programme spécifique le reste du temps. Leur est proposé une sorte de "programme off" avec des études bibliques, des ateliers (workshops) sur différents sujets, mais aussi des stands de diverses institutions chrétiennes et un espace où sont proposées de petites animations, le "Networking zone". C'est là que Le COE organise divers évènements : lancements de publications, conférences-éclair sur un sujet donné, etc. C'est là aussi que se trouve de "Swiss Hub". En juin, les amis suisses nous ont demandé des idées d'animation pour ce "Swiss Hub". C''est ainsi qu'Emmanuelle Seyboldt a dialogué la semaine dernière avec Annette Kurschus, présidente de l'Eglise protestante en Allemagne (en fait, de la conférence réunissant les différentes Eglises régionales) et Ritas Famos, présidente de l'Eglise évangélique réformée Suisse (voir le billet de vendredi).

Hier, mardi 6 septembre, c'était mon tour de discuter avec Michel Charbonnier de l’Église vaudoise d'Italie et Emmanuel Jeger, pasteur dans le canton de Vaud en Suisse, autour de la présence des Églises dans la cité, et de quel témoignage public les Églises minoritaires peuvent avoir dans leur contexte propre. J'ai présenté deux types très différents de présence sociale des Églises/protestants : une présence importante et compétente pour une population très ciblée, comme à la Fondation John Bost pour les personnes handicapée ; ou une présence locale qui témoigne dans les relations de personne à personne de la Grâce de Dieu, comme le jardin partagé au nord de Marseille ou les projets de revitalisation d'Églises locales, comme à Lourmarin ou Créteil. Nous avons noté à quel point, dans une société fragmentée et hantée par la (peur de la) solitude, les projets humbles mais très concrets visant à recréer localement du lien social et de la fraternité pouvaient être de témoignages d'évangile. Mais aussi qu'il était encore souvent difficile de faire travailler ensemble les activités paroissiales et la diaconie, d'arriver à faire bouger l’Église pour que toute personne y soit vue comme une sœur ou un frère en Christ, sans trier entre ceux "qui correspondent au profil" et les autres. 

Et cet après-midi, j'ai fait dialoguer les professeurs de théologie Julija Naett Vidovic, professeure à l'Institut de théologie orthodoxe de Saint Serge (par ailleurs une copine depuis que nous étions ensemble au comité central de la conférence des Églises européennes entre 2009 et 2013) et Marc Boss, de l'Institut protestant de Théologie, autour du discernement moral. En effet, les questions éthiques deviennent de plus en plus clivantes, parfois même plus que les divisions confessionnelles. Aussi la commission Foi et Constitution du COE travaille depuis deux décennies sur les questions morales. Un premier texte sorti en 2013 (texte N°215 de Foi et Constitution) n'avait pas satisfait les Orthodoxes qui le trouvaient "relativiste" ; il avait fait l’objet d’un addendum qui en restreignait la portée, le présentant seulement comme une première étape de travail dont certains aspects soulevaient des réticences chez les orthodoxes et les catholiques. 

Le processus s'était poursuivi par une étude des processus de discernement dans les différentes confessions chrétiennes (texte N°228 de Foi et Constitution), permettant, de façon un peu stéréo-typique, de commencer à comprendre la démarche de l'autre, les éléments qui rentrent en compte dans la façon d'élaborer la "morale" prêchée ou les modèles de comportement présentés comme idéaux. Puis le sous-groupe de Foi et Constitution s'était penché sur des exemples historiques pour voir comment la norme morale pouvait évoluer, même au sein des confessions qui s'appuyaient le plus sur la tradition ecclésiale (texte N°229 de Foi et Constitution). Enfin, en 2021, le texte « Eglises et discernement moral : faciliter le dialogue pour construire la koinonia », (texte N°335  de « Foi et Constitution », paru en français dans la revue Istina) présente une "méthodologie" du discernement moral, traçant des grandes lignes et des points communs entre les confessions chrétiennes. 


 

En effet, même si les résultats en termes d'éthique "appliquée" sont souvent très différents entre les Églises chrétiennes dans le monde, toutes s'appuient sur les mêmes éléments dans leur démarche : une analyse du contexte, un travail sur les intentions et les conséquences d'une norme morale, et ce que le texte appelle la "Conscience de l’Église", qui mêle la référence à la Bible et à la tradition (ou à des "grands principes", ou à une "clé herméneutique"), le rapport à l'autorité et à la norme, le rôle de l’Église dans l'espace public et sa disposition au changement, ainsi que les structures ecclésiales - qui influencent forcément sur les décisions - et le souci pastoral des personnes. Sans le dire explicitement, ce texte reconnait une pluralité de voies possibles pour élaborer une position éthique inspirée par l'évangile. Il part du principe que toute Église est sincère dans sa démarche de chercher à discerner ce que pourrait être un comportement fidèle à l'Evangile.

Claire Sixt-Gateuille

vendredi 15 juillet 2022

Mais que fait le Conseil œcuménique des Eglises ?

(c) Marcelo Schneider/COE
On pourrait faire un inventaire à la Prévert de tous les sujets dont se saisit le COE, de la formation théologique aux droits de l’enfant, de la diaconie aux « jeudi en noir », contre les violences sexuelles. Mais si l’on se concentre sur les grandes lignes qui nous intéressent particulièrement, ça donne :

-    Du dialogue théologique multilatéral : En 2012, la Commission Foi et Constitution adoptait le texte de convergence « l’Église, vers une vision commune », fruit de 30 ans de dialogue autour de l’ecclésiologie (ce qu’est l’Église). Aujourd’hui, une cinquantaine d’Églises ont répondu à ce texte, et la commission a analysé et publié ces réponses et dégagé des pistes d’approfondissement pour la suite. Il est également apparu qu’un dialogue sur le discernement moral par les Églises était nécessaire, et que celui-ci nécessitait une autre méthodologie que celle utilisée pour le dialogue théologique classique. Quatre textes ont aujourd’hui paru sur la question, posant les bases, analysant les processus par confession et selon les périodes et les contextes, et proposant une méthodologie originale.  
-    Une réflexion sur la mission aujourd’hui : Après le texte « Ensemble vers la vie » de 2012, une conférence missionnaire s’est réunie en 2018 à Arusha, au Kenya, et a produit un « appel à vivre en disciples ». Elle a depuis produit un texte sur la spiritualité transformatrice, un des axes majeurs du texte « Ensemble vers la vie » (les deux autres étant : Dieu est lui-même en mission pour affirmer et favoriser la vie et la « mission depuis les Marges »).
-    De l’échange d’informations et du plaidoyer concernant des situations humanitaires ou politiques critiques, ainsi que des actions de mobilisation en faveur de la paix, de la justice et pour éradiquer la pauvreté : c’est le rôle de la Commission des Églises sur les affaires internationales (CCIA).
-    Une réflexion sur la diaconie pour mieux articuler les engagements des différentes agences humanitaires ou diaconales chrétiennes dans le monde.
-    Un travail économique, politique et éthique sur les injustices au niveau mondial, et le développement – avec d’autres acteurs – d’un modèle alternatif qui permette des échanges mondiaux de façon raisonnable et limite les logiques de prédation à l’œuvre dans la globalisation néo-libérale (le programme NIFEA).
-    De la formation œcuménique sous différentes formes
-    Des actions de développement des Droits humains (campagnes pour comprendre et dépasser le racisme, formations dans les Églises aux droits des enfants, lutte contre les violences sexuelles et les violences liées au genre, prévention des abus sexuels dans les Églises, mission d’observation en Israël-Palestine, etc.)
Bref, l’assemblée de Karlsruhe ne manquera pas de sujets à aborder. Mais aura-t-on assez de temps pour faire autre chose que les effleurer ?

Claire Sixt-Gateuille